La ville balnéaire imaginaire de Balbec, qui est la toile de fond du deuxième livre de la Recherche à l’ombre des filles en fleurs , trouve son modèle inspirant dans la ville normande de Cabourg. Dans ce tronçon côtier se dresse encore le Grand Hôtel dont Marcel Proust fut l’hôte fidèle entre 1907 et 1914 …

 

La côte normande de la fin du XIXe siècle était la destination de vacances privilégiée du riche Paris qui, grâce aux toutes nouvelles lignes de chemin de fer, pouvait se rendre au bord de l’océan pour se rafraîchir lors des chaudes journées d’été.
Dans le deuxième volume de « A la recherche du temps perdu », même le narrateur s’échappe de l’étouffante prison parisienne pour se rafraîchir dans les stations balnéaires de Normandie.
Ainsi, peut-être les pages les plus lumineuses de toute l’œuvre proustienne s’ouvrent: la ville imaginaire de Balbec enveloppe le lecteur de l’air saumâtre et du ciel clair des jours d’août, la lumière devient irisée et les paysages semblent émerger d’ une peinture impressionniste. avec toutes les variations chromatiques du bleu et du blanc.

Proust décrit Balbec de manière très particulière, dépeint coup par coup, comme dans la série La plage de Trouville de Claude Monet, créant un décor dramatique pour être le plus fou de l’imagination: la grisaille parisienne est remplacée par une soudaine vague de soleil ; la vie marine se transforme en peinture, les mots se transforment en couleurs.
Pourtant Balbec est une vraie ville de la côte normande: son vrai nom est Cabourg , elle est située sur l’estuaire de la rivière Dives; le charme de l’ambiance Belle-Époque y habite toujours.

Le jeune Marcel Proust a passé plusieurs de ses étés dans cette ville balnéaire normande de la côte fleurie.
La deuxième partie de « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » – lauréate du prix Goncourt en 1919 – s’ouvre précisément sur le décor paradisiaque de Balbec, où le narrateur souffrant de mauvaise santé va se rétablir, en compagnie de sa grand-mère bien-aimée. et de la gouvernante Françoise. C’est sans aucun doute le livre le plus fascinant de la Recherche, une narration chorale grouillant de personnages.
C’est à Balbec que le protagoniste rencontrera Albertine, la Prisonnière, la grande obsession d’amour qui reviendra comme un thème constant tout au long de l’œuvre.

La ville de Cabourg

Cabourg, avec ses plus de quatre kilomètres de plage de sable fin, conserve encore l’élégance aristocratique des stations balnéaires du début du XXe siècle. La ville entière tourne autour du Casino – avec ses soirées musicales engageantes – et du magnifique Grand Hôtel .
Aujourd’hui encore, il est possible d’observer les intérieurs somptueux de l’hôtel à travers les grandes fenêtres, en regardant dans la grande salle du restaurant donnant sur la Manche. Le Grand Hôtel est l’une des principales attractions touristiques de la ville, réputée pour ses chambres spacieuses avec vue sur la mer, la cuisine créative et savoureuse du restaurant gastronomique , les jardins fleuris: c’est la destination idéale pour un week-end romantique ou un séjour en toute saison du an.

Cabourg avec son style merveilleusement rétro, les villas anciennes datant de l’époque de Napoléon III, n’a pas perdu son aura aristocratique: les vacanciers sont partagés entre les plages mondaines et les après-midi à l’Hippodrome – structure ultra moderne au charme ancien -, tandis que la nuit est consacrée au divertissement dans le Casino historique aujourd’hui transformé en music-hall.
Charme, charme, mondanité caractérisent l’atmosphère de vacances de Cabourg qui pour les lecteurs sera toujours l’immortel Balbec de Marcel Proust.

La Promenade Marcel Proust

Proust a transformé Balbec en un lieu mythique, offrant un tronçon de la promenade de la côte normande à des millions de lecteurs. Le paysage littéraire prend l’apparence d’un paysage de prédilection et se transfigure ainsi. La ville de Cabourg conserve encore le souvenir des étés de Proust , rendant même hommage à l’auteur avec une «promenade panoramique» qui lui est dédiée. Désormais, les lecteurs du monde entier peuvent se rendre à Cabourg et flâner le long de la charmante « Promenade Marcel Proust » en bord de mer, se laissant emporter par le souvenir des mots lus dans un autre temps, dans un autre lieu, qui pourtant reviennent en mémoire avec le même effet mélancolique que la morsure donnée à une madeleine.

Salle 414

Le narrateur de la Recherche résidait au Grand Hôtel dans la chambre 414 et aimait observer le mouvement des marées depuis la fenêtre de la salle.
Proust aurait décrit le Grand Hôtel comme un grand aquarium où les contrastes sociaux et le luxe débridé de la grande bourgeoisie deviennent plus évidents.
À l’intérieur de l’hôtel, tout rappelle aujourd’hui le grand auteur: du grand buste en bronze érigé en son honneur, aux tableaux représentant des scènes de la Recherche.
La chambre de Marcel Proust , au quatrième étage, a été reconstruite avec des meubles d’époque. «La chambre 414 est louée au même prix que les autres, mais elle est toujours réservée longtemps à l’avance», explique le directeur de l’hôtel, Michel Benet.

Juste à côté de la célèbre chambre 414, vous trouverez les chambres qui abritaient autrefois la grand-mère de Proust et les gouvernantes Françoise et – plus tard – Céleste.
L’auteur rentrait à Cabourg en été; il est toujours resté dans la chambre 414 qui, grâce à sa position particulière, lui a garanti le calme nécessaire pour écrire: « Aucune pièce ne m’a jamais donné autant de sensations d’une atmosphère propre, naturelle, authentique, où les murs renferment le passé » .
Et ici Marcel a été enfermé pendant des heures, surtout ces dernières années où – de plus en plus affaibli par la maladie – il dédaignait même les promenades sur la plage.

Un pays frontalier

Sur la plage de sable blanc de Cabourg, on a la sensation d’être dans un lieu à la fois réel et imaginaire, dans un pays frontalier: tandis que les vacanciers se promènent, se baignent dans les eaux de la mer ou rient de bon cœur, on est transporté dans la représentation littéraire du temps perdu.
Proust a créé son Balbec en rappelant les étés passés à Cabourg, mais en particulier il en a fait l’épicentre de ses heureux souvenirs: ainsi dans le mythique Balbec convergent aussi inévitablement d’autres lieux de la côte normande, comme la ville de Trouville. Balbec est un lieu et un non-lieu; c’est le temps fossilisé, le souvenir du seul été interminable de la jeunesse.