L’apparition, dans l’histoire des activités culturelles et artistiques, d’une œuvre sensationnelle en termes de thèmes et de méthodes provoque toujours une atmosphère de suggestion et de charme autour d’elle et de son auteur. Parfois, comme dans le cas de Marcel Proust (Paris 1871-1922), auteur du roman A la recherche du temps perdu (1) considérée comme la plus significative du début du XXe siècle en Europe, cette fascination était de nature à faire penser à un phénomène magique qui se déroulait sans les présupposés et ne laissant aucune trace autre que le signe et le sens profond de l’apparition. En revanche, il est prouvé qu’en littérature, en art, aucun événement ne peut se produire sans que d’autres l’aient précédé et le suivent. Et quand vous tombez sur une œuvre complexe comme la Rechercheil faut considérer que, bien que cela ait constitué une surprise, seul un environnement culturel très fertile pouvait le rendre possible et que les signes de son influence dans la production littéraire et surtout dans la critique du roman sont reconnaissables jusqu’à présent.

Chaque œuvre d’art est affectée par les instances et les humeurs de sa période ou de son époque historique même si elle les transcende dans une expression littéraire, figurative, scénique ou autre. Le processus est plus évident dans les œuvres qui, comme la Recherche, peuvent être considérées comme concluantes d’un climat culturel, étape fondamentale dans la connaissance et le sentiment d’un moment de l’histoire humaine.

En Europe et surtout en France, l’âge de ce roman, la fin du XIXe et le début du XXe siècle, fut l’un des plus fervents et des plus mouvementés en termes de pensée au point de faire croire qu’un nouveau monde remplaçait l’ancien. Pour les penseurs de la fin du XIXe siècle tels que Bergson, Freud, Jung, l’ancien monde signifiait la culture positiviste antérieure basée sur l’objectivité de la réalité et la confiance dans la raison, la nouvelle culture qui, rejetant cette objectivité et cette confiance, recherchait dans la subjectivité, à l’intérieur, même irrationnel et inconscient, l’explication de tout problème. Une large orientation de la culture s’opère vers les valeurs de sentiment et d’esprit considérées comme la meilleure garantie pour découvrir la vérité puisque c’est pour cette raison avant tout qu’il faut considérer l’intérieur. La rationalité a succédé à l’irrationalité, l’objectivité par la subjectivité et le «relativisme» qui en a résulté. Cependant, les penseurs de la fin du siècle ne sont pas venus pour tirer les ultimes conclusions de leurs intuitions et ce seront les auteurs de la génération suivante, des premières années du nouveau siècle, en particulier les écrivains de mener, dans leurs œuvres, ce processus de subjectivisation et de relativisme. . «Avec les lettrés, les choses étaient assez différentes.

Le relativisme était devenu un cliché dans le roman et le théâtre du début du XXe siècle .La reconnaissance de l’incohérence dans la morale et la philosophie fut bientôt acceptée comme la norme de la vie moderne. En ce sens, les romanciers et les dramaturges ont mené à terme ce que les théoriciens de la société avaient soit gardé le silence, soit combattu … Toute la littérature du début du XXe siècle est imprégnée du sens de la non-conformité des choses à leurs apparences, de la possibilité d’interprétations contradictoires de la réalité elle-même, enfin, de l’existence d’une vérité mystérieuse qui ne peut être expliquée, mais seulement intuitionnée dans des moments de conscience exceptionnelle […] Enfin, les techniques de « voir à travers », de « sonder en profondeur » dont nous avons traité dans analyser le travail de Bergson, Freud et Jung trouvent leur reflet dans la littérature de la manière la plus naturelle. Et c’est ainsi que le concept d’inconscient, siège de souvenirs indestructibles, revient à plusieurs reprises dans le roman du début du XXe siècle. Une sorte d’obsession dudurée , en temps réel. Le sens du temps tel qu’il est réellement vécu, le sens du travail de l’inconscient pour le raccourcir ou l’allonger, de sa tortuosité et de ses déceptions, donne une saveur particulière au grand Meaulnes d’ Alain Fournier, à Der.Zauberberg di Mann, et, de façon encore plus caractéristique, à la Recherche du temps perdu de Proust. Pour cette raison, plus que pour tout autre personnage, la dernière de ces œuvres est devenue, d’un commun accord , le roman du début du XXe siècle. « (2)

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La Recherche reflétait et concluait les tendances de la pensée philosophique européenne qui avaient trouvé leur principal représentant en Henry Bergson à la fin du XIXe siècle en France. Mais en plus de la philosophie spiritualiste de son temps et de quelques principes de la poétique de la décadence qui en découlent, Proust, dans la Recherche, se montre également affectée par certains aspects de la tradition classique française exprimée par des auteurs tels que Hugo, Saint-Simon, Balzac. C’est la tendance à rechercher scrupuleusement et rationnellement les causes des événements, «les vérités de l’intelligence», qui, avec celles «des sensations», doivent constituer, pour Proust, le contenu de l’œuvre d’art.

L’ancien et le nouveau se combinent pour faire la Recherche l’œuvre représentative d’une époque. Cependant, la culture de Proust, classique ou moderne, n’était que le matériau disponible pour son travail. Il fallait autre chose pour cela: animer cette matière, la fusionner avec ses aspirations et ses tendances pour qu’elle ne se détache pas de l’une à l’autre. Pour ce faire, il y aura la sensibilité particulière, la disposition innée, les expériences, la vie de Proust. Encore une fois, l’homme décidera de son propre travail, pour que sa voix sonnera différemment même dans un état commun. L’œuvre de Proust, longtemps poursuivie, sera le fruit de sa vie ainsi que de sa culture, l’accomplissement d’un processus dans lequel il serait difficile de distinguer l’homme de

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Issu d’une famille bourgeoise aisée, Proust avait commencé à Illiers, où il passa son enfance, ses premières lectures et depuis, l’aspiration à devenir écrivain ou, comme il le dit, «un vrai grand écrivain» s’était glissée en lui. Ceci, dans les années suivantes, s’était renforcé en trouvant une nourriture facile dans un personnage qui se définissait comme plus enclin à l’idée qu’à l’action. Proust est prouvé par la préférence que, pendant la période de ses études au Liceo Condorcet puis à la Sorbonne, Proust a accordé les professeurs et les disciplines qui l’ont conduit dans cette direction. Au lycée, il s’est passionné pour les enseignements de Darlu, professeur de philosophie qui s’est attardé en particulier sur le concept de matière et de monde sensible comme inexistants et sur l’autre de l’œuvre d’art qui, pour être valable, doit poursuivre non seulement des issues poétiques et morales mais aussi et surtout transcendantes et métaphysiques. A la Sorbonne, il était fasciné par la pensée du professeur Bergson, dont il était sensibilisé aux principes d’ordre métaphysique tels que ceux de la prédominance des valeurs de l’esprit sur les vérités de la science, du temps qui durait dans la conscience et non dans la succession et des deux types de savoir, l’extérieur fourni par la succession temporelle précise des événements et intérieur qui dérive de l’intuition et qui seul peut nous révéler le sens authentique de la réalité puisqu’il n’y a pas, pour cette forme de connaissance, un ancien et un nouveau mais entre ceux-ci seulement continuité ou durée. Proust saura de Bergson que la vraie connaissance peut avoir lieu par instinct ou intuition, en dehors des canons de l’intelligence et que cela se produit dans l’art. Un tel apprentissage était important dans le processus de maturation que l’auteur du l’intelligence et que cela se produit dans l’art. Un tel apprentissage était important dans le processus de maturation que l’auteur du l’intelligence et que cela se produit dans l’art. Un tel apprentissage était important dans le processus de maturation que l’auteur duRecherché. D’autres moments de la croissance de Proust seraient vus dans sa jeunesse de fiction, de non-fiction et parfois de production poétique qui, si en raison des divers intérêts nourris par l’auteur, n’indique pas la présence d’un programme bien défini, les fait néanmoins prendre conscience de la façon dont il a ressenti et poursuivi l’idée d’un style raffiné, précieux et enclin à explorer l’intérieur, à accueillir des métaphores tirées du monde végétal et animal, à se laisser influencer par des suggestions musicales et picturales. Dans ces mêmes années, en fait, était l’amour de Proust pour la musique et la peinture. Cette variété d’intérêts se reflète dans le livret Les plaisirs et les jours (3) daté de 1896, composé d’écrits sur divers sujets en prose et en vers. Il existe des portraits de personnes et d’environnements généralement choisis parmi ceux de la société noble fréquentés par l’auteur; à côté des descriptions de la vie, des coutumes et du caractère des princes et des princesses, d’autres émergent de promenades, de vacances, de déjeuners et de l’œuvre dans son ensemble, tandis que l’annonce des goûts et des tendances qui seront typiques de l’écriture proustienne, reste dans les limites de l’exercice .

Un degré de maturité différent et plus élevé exprime les pages du premier roman de Proust, Jean Santeuil (4), commencé à écrire en 1895 et laissé inachevé vers le début du nouveau siècle. Elle a été définie «l’enfance de la Recherche» car elle contient les thèmes et les modes de l’œuvre suivante et majeure. En vérité, pour Proust, qui n’avait pas encore conçu la Recherche, le Jean Santeuil aurait dû être poursuivi par le temps nouveau. Aux diverses intentions contenues dans Les plaisirs et les jours oui ici une seule intention de contenu et de style est remplacée: l’auteur entend raconter sa vie à la troisième personne et dans une prose qui tend à l’investigation psychologique. Il parle de son enfance, de sa sensibilité et de son affection pour sa mère; puis des soucis de l’adolescence dus au caractère très sensible, des amitiés et des loisirs de l’âge; suite à sa jeunesse, au faubourg Saint-Germain ou au grand monde parisien qu’il fréquentait, aux gens qu’il rencontrait, aux années de «l’affaire Dreyfus»et enfin de l’âge mûr qui lui a apporté la douloureuse prise de conscience du vide de la vie présente dont seul le souvenir de sa jeunesse passée, sans cesse opposée au triste présent, peut le soulager.

Bien que constituant un moment important dans la formation de l’écrivain, ce roman autobiographique manque encore de représentation organique dans le contenu et étendu dans la forme à laquelle Proust serait arrivé une fois qu’il a pris conscience de la possession de la vérité. Il lui faudra beaucoup plus parcourir le chemin qui l’aurait conduit aux intuitions fondamentales de la Recherche.Comme tout grand ouvrage, celui-ci a également nécessité une longue phase de préparation au cours de laquelle l’auteur, comme un scientifique, était aux prises avec les outils qui auraient donné explication et concrétisation à son invention. Pour Proust, les outils seront des études, des lectures, une jeune industriosité littéraire, des expériences mondaines, tous les événements de sa vie culturelle et sentimentale.

Dans les années de sa jeunesse, il avait été attiré à la fois par la littérature et la mondanité: le premier l’avait poussé à s’essayer aux épreuves susmentionnées, le second à participer à la vie des salons les plus importants de Paris où il était entré en contact avec des princes, des duchesses, des cocottes et des intellectuels. . Dès les premières œuvres et exercices littéraires, le raffinement des moyens d’expression aurait résulté, de la vie dans les salons celui de la sensibilité avant tout à cause des nombreuses déceptions subies pour des personnes, des lieux, des événements que son imagination avait imaginés complètement différents. «Seul le bonheur est sain pour le corps, mais c’est la douleur qui développe les énergies de l’esprit», dira-t-il dans la dernière partie deLe temps retrouvé et plus loin: «On peut presque dire que les œuvres, comme dans les puits artésiens, s’élèvent plus la souffrance a creusé dans nos cœurs. (5)

Pour la souffrance que lui causait la maladie (asthme), qui apparaissait comme un enfant et durait toute sa vie s’aggravant avec le temps (6), pour le milieu familial particulièrement attentif à lui surtout par sa mère, pour les influences qui lui venaient de sa culture ( d’abord de la philosophie spiritualiste de Darlu et Bergson puis de la pure littérature spiritualisante d’auteurs symbolistes et décadents comme de Nerval et Baudelaire et de romantiques comme Chateaubriand, de la lecture des Cahiers de la Quinzaine(7), où l’écrivain Charles Péguy invitait à rechercher l’intériorité (8), et enfin à la musique et à la peinture des impressionnistes) Proust avait contracté une disposition propice à la réflexion, à la méditation et à la recherche de valeurs intérieures, d’idéaux, transcendant ainsi que l’aspiration à devenir écrivain. Mais toujours frustré avait été cela avec l’espoir de satisfaire dans la réalité des autres les désirs qui n’étaient que de son imagination. La tendance naturelle à la méditation l’amena à imaginer chaque lieu, personne ou chose selon les voies de son imagination qui étaient celles de son esprit. Mais comme ce qui a de la vie en dehors existe rarement ou arrive dans la réalité, Proust a toujours été déçu par les attentes. Ce fut également le cas lorsqu’il connut de près l’environnement du Faubourg Saint-Germain, domicile des Guermantes, les plus hauts nobles parisiens. Depuis qu’il était enfant, il avait voulu être accueilli un jour dans leurs salons, il avait pensé que parmi les personnes, les lieux et les discours qu’il imaginait complètement différents et supérieurs à tout ce qui est couramment vu et entendu, il pouvait apaiser son besoin de réconcilier le idéal avec le réel. Triste, donc, il avait dû se rendre compte une fois de plus que rien n’était comme espéré: ces gens avaient les mêmes défauts (hypocrisie, malice), les mêmes intérêts et problèmes que les autres et plus d’entre eux étaient corrompus et gâtés dans leurs pensées et sentiments des intrigues de la haute société et les perversions sexuelles, qui sont typiques de tels endroits. Dans les salons, en plus des discours sur la littérature, la musique, la peinture, la politique, le jeune homme est témoin des ragots, des mensonges, de l’ambiguïté, de l’exhibitionnisme, de la fantaisie, du snobisme, la manifestation des vices plutôt que des vertus des hommes. Même au moment de« affaire Dreyfus » ceux du Faubourg agiront avec duplicité lorsqu’ils déclareront prendre position contre le capitaine juif pour obéir aux obligations de caste et non aux sentiments qui les auraient conduits à un choix différent (Le côté de Guermantes, Sodome et Gomorrhe).

Après une autre douleur intense subie pour l’abandon et la mort d’Albertine, qu’elle avait de toutes les manières (La prisonnière) et a vainement tenté de se maintenir liée à elle-même (La fugitive),Proust était de retour à Paris en 1916, revenant d’une maison de retraite médicalisée. Ce sont les années de guerre et il s’étonne que dans la capitale la vie des salons connus et fréquentés se soit poursuivie et dans certains cas ait accentué les vices qui étaient les leurs sans se rendre compte de la gravité du moment et puisant dans ces idées pour le lancement de nouvelles modes. . Loin ou morts, leurs hommes, beaucoup de Parisiens, n’avaient pas négligé les soins du monde. Bientôt Proust entrera dans une nouvelle maison de retraite et reviendra à Paris après une longue absence après la guerre (Le temps retrouvé).

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De retour dans la capitale, il est à nouveau assailli par son éternel regret pour son manque de compétences littéraires. Si pour les autres il avait construit des figures idéales, qui s’étaient révélées inexistantes, il avait longtemps pensé pour lui-même à la figure de l’auteur idéal de l’ouvrage idéal (9) mais même ici la vie n’avait pas répondu à ce qui était désiré. Poursuivi par ces réflexions, comme il le dit à la fin de son œuvre (10), Proust participe à une matinée avec les princes de Guermantes après que les dernières cures prolongées l’aient contraint à rester longtemps à l’écart de tels milieux. C’est dans les pages de la Recherche dédié à l’histoire de cette circonstance que l’écrivain raconte avoir été éclairé sur son travail par hasard et quand il était maintenant convaincu qu’il devait y renoncer.

Déjà quelques fois dans le passé, il lui était arrivé d’éprouver certaines sensations qui lui avaient procuré à la fois bonheur et inquiétude car elles étaient difficiles à expliquer et maintenant, se répétant, elles auraient attiré davantage son attention et l’obscurité aurait disparu. Une fois, jeune homme, lorsqu’il rentrait chez lui en hiver, sa mère lui avait préparé une tasse de thé et des pâtisseries de type «madeleine» pour le réchauffer .Dès qu’il les goûta trempés dans du thé, il fut assailli par un sentiment de bonheur qu’il n’avait d’abord pas pu expliquer. Il avait essayé de s’isoler de son environnement, des gens et des choses, de concentrer ses pensées sur l’événement et avait découvert que ce bonheur venait de l’avoir, le goût de la «madeleine»,procuré une sensation déjà éprouvée enfant à Illiers avec les mêmes pâtisseries dans la maison de sa tante où il était en vacances. En plus de cette sensation lointaine, les lieux, les gens, les maisons, les rues et tout ce qui avait appartenu à sa vie passée à Illiers, même si dans un temps reculé, lui étaient revenus clairs et reconnaissables. Proust avait donc découvert qu’il existe deux types de mémoire, le volontaire ou l’intellect et l’involontaire ou les sens. Le premier, le travail de la raison, nous fait le passé selon des voies logiques et schématiques, le second, le travail d’une sensation fortuite telle qu’un goût, une odeur, une couleur, un son ou autre, suscite en nous une action sans logique, instinctive et capable. , une fois la

Après un long moment depuis l’épisode et quand Proust avait cessé d’y penser, tout à coup cette situation était revenue et plus d’une fois dans la même journée. En route pour la célèbre matinée des princes de Guermantes, inconsolés d’avoir échoué dans ses ambitions littéraires, il raconte que cela lui est arrivé, d’abord dans la cour du palais puis en attendant dans la bibliothèque, d’éprouver, toujours involontairement, des sensations qui, comme alors, lui avaient fait revivre d’autres identiques et les circonstances qui s’y rattachent et qui se sont produites dans un passé lointain à Venise, Balbec, lors d’un voyage en train et ailleurs. L’événement avait suscité un nouvel intérêt pour ses pensées et il avait découvert que le temps passé, généralement considéré comme perdu car considéré comme extérieur à nous et impossible à reprendre et à ressentir, au contraire, elle est en nous et peut être captée et ressentie par notre sensibilité, provoquée fortuitement par les impulsions de l’esprit ou les mouvements du corps. «Il suffit qu’un bruit, une odeur, déjà entendu ou respiré dans un autre temps, soit-il encore, tant dans le présent que dans le passé, réel sans être courant, idéal sans être abstrait, car immédiatement l’essence permanente et ordinairement cachée de des choses à libérer, et pour que notre vrai «Je», parfois mort depuis longtemps, mais qui n’était pas entièrement mort, se réveille, s’anime, recevant la nourriture céleste qui lui est offerte. Un moment libéré de l’ordre temporel il a recréé en nous, pour le percevoir, l’homme affranchi de l’ordre temporel.  » (11) réel sans être réel, idéal sans être abstrait, pour que l’essence permanente et ordinairement cachée des choses se libère immédiatement, et pour que notre vrai «  je  », qui semblait parfois mort depuis longtemps, mais n’était pas entièrement mort, se réveille , soyez animés, recevant la nourriture céleste qui lui est offerte. Un moment affranchi de l’ordre temporel a recréé en nous, pour le percevoir, l’homme affranchi de l’ordre temporel. « (11) réel sans être réel, idéal sans être abstrait, pour que l’essence permanente et ordinairement cachée des choses se libère immédiatement, et pour que notre vrai «  je  », qui semblait parfois mort depuis longtemps, mais n’était pas entièrement mort, se réveille , soyez animés, recevant la nourriture céleste qui lui est offerte. Un moment affranchi de l’ordre temporel a recréé en nous, pour le percevoir, l’homme affranchi de l’ordre temporel. « (11) recevoir la nourriture céleste qui lui est offerte. Un moment affranchi de l’ordre temporel a recréé en nous, pour le percevoir, l’homme affranchi de l’ordre temporel. « (11) recevoir la nourriture céleste qui lui est offerte. Un moment affranchi de l’ordre temporel a recréé en nous, pour le percevoir, l’homme affranchi de l’ordre temporel. « (11)

Ainsi dit Proust ayant l’intention d’expliquer que ce qui est perçu dans des circonstances similaires n’est pas la chose passée ou présente mais son essence qui n’appartient pas au passé ou au présent mais à l’intériorité de celui qui perçoit, qui avec lui est placé dans une zone. en dehors du temps communément compris. L’esprit peut donc réussir à découvrir la relation entre des moments de notre présent et d’autres moments identiques de notre passé et à établir une continuité là où on pense qu’il y a fracture.

Proust, réfléchissant à ces évocations, a découvert l’existence d’une vie qui se passe sans s’en apercevoir et à un moment différent de l’habituel car elle n’est pas limitée au présent et au passé mais étendue entre les deux comme un pont qui permet la communication. . Une vie différente, nouvelle, faite de valeurs extra-temporelles et vécue dans un temps incorruptible qui a conservé le passé dans son intégrité comme s’il était présent et qui est le temps de l’esprit. En cela, il est possible de revivre le passé avec l’âme de cette époque et de découvrir ces vérités, ce «sens philosophique infini» qui aurait été le contenu de l’œuvre toujours poursuivie. Et l’esprit qui permet de telles résurrections est aussi une garantie de leur authenticité et de celle du monde auquel elles appartiennent car, au-delà de tout aspect ultérieur que les lieux, les personnes, les faits ont assumé, il est resté à l’abri de l’action du temps, il les garde inviolables. Bien que certains changements se soient produits, la sensibilité de Proust est capable de revivre les moments de passage et de développement des êtres, de remonter à l’époque où ils l’ont impressionnée d’une certaine manière et lorsque cette manière, qui a maintenant changé dont ils ne se souviennent plus, était la vérité. La vérité est derrière l’apparence et peut être similaire à celle-ci ou à l’opposé mais elle est la seule à l’expliquer, à justifier la réalité variée et contradictoire car la seule à viser essence parmi tant de forme. Elle, comme l’esprit qui la contient, n’a pas de limites spatiales ou temporelles, elle est infinie et vague, alerte, même cachée, entre passé et présent attendant d’être appelée à témoigner. C’est l’idée, c’est le sens de la vie qui se tient ininterrompu et par inadvertance à côté de l’homme où qu’il se trouve ou a été trouvé et qui de si longue surveillance a tiré un code de lois d’une validité éternelle. Les secrets du code et des lois que Proust a réussi à voler dans ses chocs pendant lesquels c’était comme s’il avait participé à l’éternité. entre passé et présent en attente d’être appelé à témoigner. C’est l’idée, c’est le sens de la vie qui se tient ininterrompu et par inadvertance à côté de l’homme où qu’il se trouve ou a été trouvé et qui de si longue surveillance a tiré un code de lois d’une validité éternelle. Les secrets du code et des lois que Proust a réussi à voler dans ses chocs pendant lesquels c’était comme s’il avait participé à l’éternité. entre passé et présent en attente d’être appelé à témoigner. C’est l’idée, c’est le sens de la vie qui se tient ininterrompu et par inadvertance à côté de l’homme où qu’il se trouve ou a été trouvé et qui de si longue surveillance a tiré un code de lois d’une validité éternelle. Les secrets du code et des lois que Proust a réussi à voler dans ses chocs pendant lesquels c’était comme s’il avait participé à l’éternité.

Mais comment éviter que les messages venus de si loin et si précieux pour l’humanité n’expirent avec le temps comme d’autres événements? Comment les communiquer pour les faire bénéficier à tous? Où fixer la voix de ceux qui ont été éclairés sur les vérités des êtres? Où placer un degré aussi sublime de spiritualité? L’œuvre d’art, comme le temple qui est un signe et une participation parmi les hommes de la terre de la divinité d’un autre monde, est le moyen le plus approprié pour objectiver et manifester aux autres l’intense subjectivité de ceux qui ont été inspirés et éviter le risque de le faire. apparaissent seulement une théorie. Un artiste a été fait par ses propres méditations cet homme qui, jeune homme, avait parfois découvert que le passé n’était pas perdu pour lui. Maintenant, en tant qu’adulte, il avait eu d’autres confirmations de la capacité de son esprit à récupérer le passé et il était convaincu que les vérités cherchaient toujours à faire une œuvre d’art étaient derrière les apparences des hommes et des choses dans la vie, elles étaient les vérités. intérieur qui exprime ce qui n’est pas affecté par les agents extérieurs. Proust en était venu à concevoir cette poétique, guidé par sa culture et surtout par sa sensibilité affinée au point de lui permettre de ressentir aussi ce qui pour les autres était perdu comme passé ou inconnu comme essence des choses. Pour son âme, la réalité était devenue une figuration de valeurs idéales, éternelles, un signe de vérité qui était à une grande distance et qui pouvait en différer. Seul l’esprit était autorisé à se joindre à eux et à participer à leur éternité. «J’ai réalisé que seule la perception grossière et fallacieuse place tout dans l’objet, alors que tout est dans l’esprit» (12) dit l’écrivain sur ce point. Ce qui restait limité à la matière en dehors de l’action de l’esprit ne pouvait, pour Proust, répondre à la vérité puisqu’elle ne faisait pas partie de l’éternité. La vérité, comme la vie, dure éternellement et est dans une dimension différente des autres généralement connues, n’étant pas, comme celles-ci, contaminée par le temps, par les conventions, par les apparences ou accessible à tous. Il existe loin de la complétude de la matière dans l’incomplétude et l’éternité de l’esprit. Seulement à l’artiste, différent de la norme, il sera possible d’en connaître le secret et de ne l’exprimer que par l’art. «La grandeur de l’art véritable consiste à redécouvrir, à ressaisir, à se faire connaître cette réalité dont nous vivons loin, dont nous nous écartons de plus en plus à mesure que les connaissances conventionnelles que nous les remplaçons acquièrent plus de profondeur et d’imperméabilité: cette réalité que nous risquerions mourir sans l’avoir connu, et qui est simplement notre vie. La vraie vie, la vie enfin découverte et mise en lumière, la seule vie donc vraiment vécue, celle qui, en un certain sens, habite à chaque instant également tous les hommes que chez l’artiste, mais ils ne le voient pas parce qu’ils n’essaient pas de le clarifier. Et ainsi leur passé est encombré d’innombrables plaques photographiques, qui restent inutiles car l’intelligence ne les a pas développées […] Le travail de l’artiste, visant à essayer de voir sous un certain matériau, sous une certaine expérience, sous certains mots , autre chose, est exactement le contraire de ce que l’orgueil, la passion, l’intelligence et même l’habitude accomplissent en nous à chaque instant, lorsque nous vivons détournés de nous-mêmes, amassant nos impressions authentiques, pour les cacher, les nomenclatures, les finalités pratiques, auxquelles on donne à tort le nom de «vie». Bref, cet art très complexe est vraiment le seul art vivant. Elle seule exprime aux autres et nous montre notre propre vie, la vie qui ne peut être «observée», dont nous observons les apparences, doit être traduite et souvent lue à l’envers et déchiffrée avec un grand effort. Le travail fait par notre fierté, par notre passion, par notre esprit imitatif, par notre intelligence abstraite, par nos habitudes, ce travail, l’art le détruira, il nous ramènera, il nous fera retourner dans les abîmes profonds où ce qui existait réellement, est inconnu […] Ma tâche était donc de restituer aux moindres signes qui m’entouraient (les Guermantes, Albertine, Gilberte, Saint-Loup, Balbec, etc.) leur sens, quelle habitude avait fait les manquer pour moi. Et quand nous nous sommes inspirés de la réalité, pour l’exprimer, pour la préserver,

Pour Proust la vraie réalité de tout, sa vérité est profonde, universelle, éternelle, incorruptible dans l’âme du monde: l’artiste peut la connaître comme la seule, parmi les hommes, à ressentir l’appel de cette âme, à accéder à son degré éternel et participez à ses mystères; l’art peut le contenir et le conserver puisque, comparé aux choses du monde y compris l’artiste limité par sa vie corporelle, il est, comme la vérité, infini, éternel; et le style choisi, étranger à toute grossièreté, peut l’exprimer comme le seul capable d’adhérer à sa pureté au point d’y dissoudre toute matérialité résiduelle, de s’identifier et de paraître surgir avec elle. « 

Un art fait de sensations profondes et éclairantes, d’analogies révélant l’essence des choses, d’inspirations soudaines, d’intériorité et de transcendance dans le contenu et dans la forme, poursuit Proust comme le seul capable d’exprimer les vérités transcendantes qu’il a apprises lorsque le le hasard lui avait fait ressentir et vivre une dimension inhabituelle pour les hommes. Pour l’écrivain, il ne pouvait y avoir d’art réaliste, surtout celui des auteurs dits naturalistes actifs dans la France de l’époque, qui croyaient faire de l’art en dépeignant la réalité, en la photographiant. Ils étaient convaincus que le rôle de l’artiste devait être passif et inactif, en tant que spectateur et non en tant qu’acteur, et que l’œuvre devait paraître comme si elle avait été réalisée par lui-même. Selon Proust, de telles conceptions n’auraient jamais pu produire des œuvres capables de dessiner la vérité puisqu’elle n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur des choses, et de dépasser la particularité du document ou de l’information pour s’élever à la généralité et à l’universalité du véritable art. «La littérature qui se contente de« décrire les choses », de ne nous donner qu’un misérable extrait de lignes et de surfaces, est celle qui, bien que dite réaliste, est la plus éloignée de la réalité, celle qui nous appauvrit et nous attriste le plus, puisqu’elle coupe brusquement tout communication de notre «je» présent avec le passé, dont les choses conservent l’essence et avec le futur où il est, ils nous stimulent à en jouir à nouveau.

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Cependant Proust dut reconnaître que l’œuvre d’art, pour laquelle il se sentait désormais préparée, ne pouvait être composée, comme il l’avait initialement pensé, que de ces «moments d’infini» dans lesquels son esprit, semblable à celui d’un médium , il avait évoqué les «esprits du passé» pour les interroger sur l’âme des choses. De tels moments étaient rares et accidentels et ne sauraient être considérés comme suffisants pour une œuvre entière. D’autres vérités étaient nécessaires. A côté des vérités profondes apportées par les sensations, il y aurait eu, dans son écriture, celles apportées par la raison, l’intelligence, moins profonde que la première mais également utile. Ceux-ci viennent à l’artiste de l’observation de la réalité de la vie et de Proust viendrait de ce qui s’est passé dans sa vie. Par instinct, l’artiste, avant même de se reconnaître, se comporte et utilise son intelligence différemment des autres. Le pousser dans cette direction, pense Proust, est la souffrance à laquelle sa diversité l’expose sans cesse. « Cependant, j’ai senti que les vérités que l’intelligence tire directement de la réalité ne doivent pas être jetées, car elles pourraient encapsuler dans une matière moins pure, mais toujours imprégnée de spiritualité, les impressions qui nous sont apportées, hors du temps, par l’essence commune aux sensations du passé et du présent, mais qui, plus précieuses, sont cependant trop rares pour que l’œuvre d’art ne soit composée qu’avec elles. Possible d’être utilisé à cet effet, j’ai senti une foule de vérités relatives aux passions, aux personnages, aux coutumes se presser en moi. Leur perception m’a apporté de la joie; cependant, il me semblait me souvenir que plus d’un d’entre eux j’avais découvert dans la souffrance, d’autres dans des plaisirs très médiocres. »Et plus tard:« L’imagination, la réflexion, peuvent certes être de merveilleuses machines en elles-mêmes mais elles peuvent aussi rester inerte. C’est la souffrance qui les met en mouvement. « (16) J’en avais découvert dans la souffrance, d’autres dans des plaisirs très médiocres. »Et plus tard:« L’imagination, la réflexion, peuvent être en elles-mêmes des machines merveilleuses mais elles peuvent aussi rester inertes. C’est la souffrance qui les met en mouvement. « (16) J’en avais découvert dans la souffrance, d’autres dans des plaisirs très médiocres. »Et plus tard:« L’imagination, la réflexion, peuvent être en elles-mêmes des machines merveilleuses mais elles peuvent aussi rester inertes. C’est la souffrance qui les met en mouvement. « (16)

De la douleur l’artiste sera poussé vers la rédemption qu’il obtiendra lorsqu’il pourra transformer les faits de sa vie et de ses défaites en une œuvre rendue par les énergies de son esprit supérieures à toute contingence, projetée vers cet idéal qui la souffrance avait aidé à poursuivre. «Alors, certes moins brillante que celle qui m’avait fait réaliser que l’œuvre d’art est le seul moyen de redécouvrir le Temps perdu, une nouvelle lumière a brillé en moi. Et j’ai compris que tous ces matériaux de l’œuvre littéraire n’étaient que ma vie passée; j’ai compris qu’ils étaient venus à moi, dans les plaisirs frivoles, dans l’oisiveté, dans les affections.dans la douleur, emmagasinée par moi sans que je puisse prévoir leur destination, la survie même, plus que la graine ne peut, lorsqu’elle met en réserve tous les aliments qui nourriront la plante […] cette vie, les souvenirs de ses douleurs, ses joies, constituaient une réserve semblable à cet albumen situé dans le ‘ovule de plantes, dont l’ovule lui-même puise sa nourriture pour se transformer en graine, quand encore aucun signe ne rend visible que l’embryon d’une nouvelle plante se développe: cet embryon qui constitue le siège des phénomènes chimiques et des respirateurs secrets mais très actifs. Ma vie était donc liée à ce qui la porterait à maturité. « (17) quand il met en réserve tous les aliments qui nourriront la plante […] cette vie, les souvenirs de ses douleurs, de ses joies, constituaient une réserve semblable à cet albumen situé dans l’ovule des plantes, dont l’ovule lui-même puise son sa nourriture pour se transformer en graine, alors qu’aucun signe encore ne rend visible que l’embryon d’une nouvelle plante se développe: cet embryon qui est le siège de phénomènes chimiques et respiratoires secrets mais très actifs. Ma vie était donc liée à ce qui la porterait à maturité. « (17) quand il met en réserve tous les aliments qui nourriront la plante […] cette vie, les souvenirs de ses douleurs, de ses joies, constituaient une réserve semblable à cet albumen situé dans l’ovule des plantes, dont l’ovule lui-même puise son sa nourriture pour se transformer en graine, alors qu’aucun signe encore ne rend visible que l’embryon d’une nouvelle plante se développe: cet embryon qui est le siège de phénomènes chimiques et respiratoires secrets mais très actifs. Ma vie était donc liée à ce qui la porterait à maturité. « (17) l’ovule lui-même puise sa nourriture pour se transformer en graine, quand encore aucun signe ne rend visible que l’embryon d’une nouvelle plante se développe: cet embryon qui est le siège de phénomènes chimiques et respiratoires secrets mais très actifs. Ma vie était donc liée à ce qui la porterait à maturité. « (17) l’ovule lui-même puise sa nourriture pour se transformer en graine, quand encore aucun signe ne rend visible que l’embryon d’une nouvelle plante se développe: cet embryon qui est le siège de phénomènes chimiques et respiratoires secrets mais très actifs. Ma vie était donc liée à ce qui la porterait à maturité. « (17)

Tout ce qui avait été de sa vie aurait été maintenant de son travail! (18)

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Lui ayant révélé que les vérités de la vie avec celles des sens constitueraient l’œuvre, une dernière découverte réservée à Proust ce «matin», qu’il serait juste d’appeler «le matin des découvertes» et de considérer sa description comme une fiction littéraire étudiée par l’écrivain. représenter, de manière figurative, les derniers développements concluants de sa maturation et les découvertes contemporaines de sa sensibilité. Dans cette dernière partie de l’ouvrage il dit encore qu’après avoir attendu dans la bibliothèque du palais de Guermantes, où d’autres résurrections du passé étaient venues confirmer la possibilité de sa récupération à travers l’œuvre d’art, il entra enfin dans la salle ,

Voici une autre surprise, une autre déception et une autre découverte pour lui et l’oeuvre désormais conçue!

Les invités étaient des personnes bien connues et certains avaient fait partie de sa vie, de ses affections et de ses secrets mais il ne les avait pas vus depuis longtemps car il avait subi une longue période de traitement. Il se déclare donc surpris de voir combien d’effets le temps passé avait causé, à son insu, chez ces personnes. Elle avait marqué son passage sur les corps en les transformant de telle manière qu’il était difficile de tirer les figures du passé de l’enchevêtrement des rides, des cheveux, des barbes blanches et de l’obésité. Et même dans les pensées et les discours, on pouvait voir l’action du temps. C’était comme si la belle époque avait apporté à Paris, parallèlement au progrès (éclairage électrique, voitures, téléphone), de nouvelles manières d’appréhender la vie. De nouveaux intérêts et de nouvelles classes sociales ont été définis avec l’avancée de l’industrialisation et l’importance des cercles aristocratiques a été réduite dans ce contexte. Dans une situation sociale visant à devenir toujours plus large et plus complète, les besoins de tous semblent injustifiables dans leurs coutumes et principes. Il arrive donc que Proust découvre comment au début du nouveau siècle, à la suite de ces changements, les aristocrates connus, pour survivre à la crise, ils avaient mis de côté nombre de leurs anciennes règles et s’étaient tellement adaptés à la nouvelle condition qu’ils considéraient désormais comme des préjugés ce qui était autrefois des critères obligatoires de leur conduite. Des mariages avaient eu lieu entre des princes et des femmes de statut bourgeois modeste, les gens avaient été accueillis et appréciés dans les salons de la plus haute aristocratie parisienne comme celui des princes de Guermantes, des gens qui, en raison de leur humble condition, n’auraient jamais pu entrer. Beaucoup d’autres choses du genre s’étaient produites au fil des ans et sa récente distance et son manque d’évaluation de son âge contribuèrent à la surprise de Proust. Il se sentait encore très jeune et dans un état de esprit différent sinon opposé à celui des autres. Son esprit était différent: alors qu’ils avaient vécu la vie de chacun et confrontés au problème d’une société en mutation, ils n’hésitaient pas à modifier les vieilles coutumes, dont ils ne se rappelaient plus être devenus tellement accro au nouveau, Proust avait vécu en dehors des pratiques et le conditionnement de cette société et le souvenir de la situation initiale sont restés intacts en lui. Les autres, insérés parmi les intrigues du monde et considérant leur condition actuelle comme définitive, ne se souvenaient pas et s’ils s’en souvenaient, ils ne souffraient pas; Proust, au contraire, se souvenait et souffrait parce qu’il avait presque toujours vécu en lui-même, dans son intériorité qui, pour être en constante recherche d’épanouissement, elle ne lui a jamais fait considérer une situation comme la dernière. Pour ceux qui cherchent à satisfaire les besoins de l’esprit dans la vie, rien n’est considéré comme fini pour toujours, perdu et seule la douleur se ressent devant ce qui peut paraître tel. Proust, qui avait vécu depuis l’adolescence à la poursuite d’un travail d’exception, s’est toujours senti dans la condition du jeune homme qui attend d’être éclairé et du jeune homme qui avait gardé ses aspirations et ses sentiments. Dramatique était donc pour lui de devoir déduire du visage, des pensées, des discours, de la vie de ses pairs ce qu’il n’avait pas ressenti et ne pouvait toujours pas ressentir: la conscience du passé et de son âge adulte.  » Un homme qui aspire à la même idée depuis l’enfance, et pour qui sa propre paresse, ainsi que ses conditions de santé précaires, l’obligent à différer continuellement la réalisation, annule chaque soir la journée qui s’est écoulée et s’est perdue en vain […] se rendant compte qu’il n’a jamais cessé de vivre dans le temps, il est plus étonné et dérangé que celui qui vit très peu enfermé sur lui-même, s’ajuste au calendrier, ni ne découvre tous ensemble le nombre total d’années qu’il s’est ajouté quotidiennement. Mais une raison plus sérieuse expliquait mon angoisse: j’ai découvert l’action destructrice du Temps, juste au moment où je voulais me mettre à clarifier, à «intellectualiser» dans une œuvre d’art, des vérités extra-temporelles. « 

Lorsqu’il avait découvert que sa sensibilité et son intelligence pouvaient lui fournir cette dimension soustraite du temps qui seule pouvait sous-tendre la composition d’une véritable œuvre d’art et qui l’avait rendu indifférent même à l’idée de la mort, il avait dû s’assurer comme soumis au temps, étaient la vie autour de lui et sa vie. Une fois de plus et plus sérieusement, son imagination avait été trahie par la réalité: à ceux qui croyaient maintenant en un temps éternel, la réalité révélait que le temps passe et que les gens et les choses changent pour finir complètement. Si jusqu’à présent sa vie avait été une vie de l’esprit toujours renouvelée par les découvertes de celle-ci, maintenant il était appelé à réaliser la vie du corps qui, contrairement à l’autre, est soumise à action de temps. Il devait vérifier que, malgré tout, même pour lui la vie était passée et les gens de ce «matin», y ayant participé, la lui proposaient à nouveau dans ses moments et ses aspects divers et successifs. «Plus d’une des personnes réunies ce« matin »ou dont le souvenir m’a éveillé, m’a offert les aspects de lui-même qu’il avait par la suite pris dans mes yeux, grâce aux circonstances différentes et contrastées, dont il avait sauté de temps en temps devant moi; et a souligné les différents aspects de ma vie, les différences de perspective, comme une irrégularité du terrain, une colline ou un château, qui apparaît maintenant à droite, maintenant à gauche, semble d’abord dominer un bois,

Sa vie avait été liée à ces gens et à la leur elle était passée: un sentiment d’échec général et de mort saisissait désormais Proust car il ne lui semblait en aucun cas pouvoir surmonter cette dernière grave déception.

Comment penser gagner sur l’action inexorable et impitoyable du temps?

La solution devait venir de l’idée de l’œuvre déjà conçue et momentanément perturbée: l’œuvre d’art gagnerait aussi l’œuvre de l’époque!

Si auparavant il avait découvert que les vérités qui lui étaient apportées par les sensations et l’intelligence formeraient son œuvre, il découvrait maintenant le fond sur lequel les placer, la dimension du temps. Cela aurait été le cadre le plus approprié pour peindre ces vérités qui seraient restées isolées et distantes les unes des autres s’il leur manquait un tissu conjonctif qui les ordonnerait de suivre leur cours. Cela incluait des personnes, des expériences, des lieux et ceux-ci aussi trouveraient une expression dans l’œuvre de Proust, ce qui aurait été la seule possibilité de retrouver ce passé puisqu’il était le seul témoin capable de se souvenir exactement de ce qu’il avait été auparavant.  » Chaque individu et moi-même étions l’un de ces individus me donnait la mesure de la durée, grâce à la révolution qu’il avait faite non seulement autour de lui, mais aussi autour des autres, et surtout grâce aux points qu’il avait par la suite occupés par rapport à moi même. Et sans doute tous ces plans différents sur lesquels le Temps, après l’avoir repris lors de cet accueil, a arrangé ma vie, me faisant penser que dans un livre qui voulait raconter une vie, il aurait fallu utiliser, plutôt qu’une psychologie plate usée généralement, une sorte de psychologie dans l’espace, ils ajoutaient une nouvelle beauté aux résurrections opérées par ma mémoire, alors que je ne faisais que penser dans la bibliothèque, depuis la mémoire,

Ainsi il peut arriver que, filtré par la sensibilité de l’un, revivre les événements, les personnes, les lieux, les gestes, les mots, les discours, les sentiments, les sons, chaque aspect d’un certain moment de l’histoire, revivre une génération, une humanité, une époque, un temps qui semblait à jamais disparu, perdu. Quand tout paraîtrait complet dans la matière, Proust l’aurait fait ressusciter dans l’esprit. À travers sa vie, il aurait rappelé la vie de tout un temps dans une œuvre qui pour contenir autant aurait dû être immense « comme une cathédrale » et remonter aux origines, aux vérités profondes cachées derrière les surfaces actuelles, hautement spirituelles.

Les limitations subies dans le corps par la maladie et les frustrations subies dans l’âme par l’imagination toujours trahie avaient, comme récompense naturelle, fait tendre continuellement la pensée de Proust vers ce qui était libre de frontières. Il aurait donc pu arriver que face à la dernière et la plus grave déception, sa sensibilité, renforcée par un exercice aussi long, eût produit l’illumination la plus importante. Douloureux parce que forcé de reconnaître que sa vie, avec celle des autres et d’autres choses, a disparu, il songera à les sauver en reconstruisant leur passé du fond de sa propre intériorité qui seule aurait pu le rendre tel qu’il le faisait au moment de sa réalisation et obtenir ce qui n’est pas permis, la rendre éternelle. Ce temps, perdu dans la réalité et non ressenti par les autres, aurait été redécouvert par Proust dans l’idée et en cela il, avec eux, aurait vécu pour toujours. EntierLa recherche sera un document de la vie que l’écrivain imagine se dérouler derrière les apparences, de l’essence qu’il sent exister derrière la forme et qui serait restée inexprimée si elle n’était pas venue pour ceux qui, pouvant communiquer avec elle, l’auraient récupérée.

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Une conquête culturelle et humaine le roman A la recherche du temps perdu aussi exterminé que le sentiment de son auteur!

Culturelle si l’on tient compte du fait que la formation de Proust et les expérimentations commencées à l’adolescence et jusqu’à la Recherche en viennent à mûrir l’expression, toujours tentée et dans des directions différentes: nouvelles, essais littéraires, poèmes, pastiches, esquisses d’un roman, notes sur les coutumes de l’époque, sur la peinture et la musique. Déjà dans cette première production, il était possible d’observer comment l’auteur était affecté par la tradition littéraire française et le nouveau climat culturel et artistique connu sous le nom de décadentisme, qui à l’époque se définissait en France après la crise du naturalisme et de la philosophie positiviste. Le décadentisme, a-t-on dit, développait dans l’art certaines tendances du spiritisme français antérieur et contemporain, prônait pour l’artiste la répudiation de la réalité quotidienne, désormais incompatible avec les besoins purement spirituels, et le refuge dans l’intériorité, dans l’idéalisation. Il a également proposé le utilisation d’un style qui, dans son raffinement, signalait la qualité idéale et transcendante du contenu. Ces principes, présents dans le premier Proust, sont aussi évidents dans l’œuvre majeure et surtout dans la création, faite ici, d’une réalité différente de la commune, une réalité de la conscience, presque une surréalité dans laquelle vivre le passé et le présent sans interruption et sans interruption. contaminations causées par la matière. D’autres raisons se référant à la poétique décadente peuvent être trouvées dans la conviction montrée par Proust que la réalité en elle-même est un symbole de l’idéal et peut l’évoquer à travers un rapport d’analogie produit par notre intériorité, dans l’idée que rien ne se passe en dehors mais tout en nous,

D’autres comparaisons pourraient être trouvées entre l’œuvre majeure de Proust et la culture et l’art de son temps, mais elles ne suffiraient pas à réduire son immense nouveauté, l’originalité de son message. Pour y parvenir, Proust aurait eu besoin de sa vie d’homme perpétuellement déçu des attentes et de la réalisation dramatique de l’inexorable écoulement du temps, de l’approche inévitable de la mort. De tout cela, l’écrivain se serait senti poussé à chercher parmi le caractère éphémère de chaque pensée, action, principe, caractère et environnement humain ce qui n’était pas transitoire et destiné à rester immuable: il l’aurait découvert dans ce qui est maintenant arrivé, dans le passé que il ne peut pas être changé. Ceci seul est un moment de vérité parmi tant d’autres que le temps s’est superposés, un moment d’éternité entre le flot incessant des événements. Par conséquent, il devra être fidèlement reconstruit dans les pensées et les actions des gens de cette époque ainsi que dans les lumières, les couleurs et les sons des lieux de cette époque, dans tout ce que l’on croyait être vrai alors même si ce n’est plus vrai.

La sensibilité de Proust lui a montré qu’il peut faire le miracle et qu’il va puiser dans cette éternité et composer l’œuvre tant recherchée. La Recherche sera donc aussi et surtout une réalisation humaine parce qu’il conquiert la vie, la sensibilité de son auteur. (22) Ce seront eux qui renouvelleront, en lui, tout ce qui vient du contexte culturel et artistique, pour filtrer chaque expérience antérieure de l’écrivain pour en tirer un nouveau sens et une nouvelle expression. Ce sera comme si Proust avait lu, étudié, médité et surtout vécu pour son travail. Nouveau, en effet, est aussi la morale qui la soutient du début à la fin et à partir de laquelle, comme par un juge suprême, les personnes et les événements présentés de temps en temps sont évalués. Nouvelles sont les vérités qui la tissent sans interruption à la fois du sentiment et de la raison. Et nouveau et tout à fait personnel est le style qui, suivant l’esprit de l’auteur, il ne reste jamais à la surface mais va calmement et continuellement partout, insufflant la vie quand avec l’âme quand avec la lumière, la couleur, le son même dans ce qui semblait le plus réticent. L’ampleur habituelle et parfois incommensurable des époques, l’extrême politesse verbale, l’élégance des métaphores infinies complètent le tableau d’un artiste qui, pour donner forme à sa pensée, utilisait les moyens les plus adaptés à son sentiment immense et délicat. . (23) l’élégance des métaphores infinies complète le tableau d’un artiste qui, pour donner forme à sa pensée, utilise les moyens les plus adaptés à son immense et délicat sentiment. (23) l’élégance des métaphores infinies complète le tableau d’un artiste qui, pour donner forme à sa pensée, utilise les moyens les plus adaptés à son immense et délicat sentiment. (23)

 

(*) Extrait de: «Philosophical Notebook» n. 9, Université de Lecce  par Antonia Stanca